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16e saison

 

2018-2019 : BEETHOVEN IS IN THE AIR !

 

Messe en ut
une œuvre sacrée unique,
un geste musical sans concession

Aujourd’hui, en France en particulier, cette œuvre ne jouit pas d’une grande notoriété. Probablement parce qu’elle est restée dans l’ombre de la Missa solemnis, qui sera composée 15 ans plus tard. Peut-être aussi parce que la musique vocale de BEETHOVEN souffre d’un a priori négatif : difficultés vocales, notes aigües tenues, dynamique peu commune et sur laquelle certains butent, style difficilement classable… C’est pourtant un chef d’œuvre.

 

« Mais, qu’avez-vous encore fait mon cher BEETHOVEN »

 

Destinée à commémorer la disparition de l’épouse de Nicolas II, Prince Esterházy, la Messe en Ut (Do majeur) opus 86 fut commandée à BEETHOVEN tôt dans l’année 1807. HAYDN, sans force, déclina la demande initiale du Prince : il revint donc à BEETHOVEN la lourde tâche de composer cette « septième messe de HAYDN ».

 

Le compositeur, âgé de 37 ans, était très actif musicalement et évoluait en pleine maturité. Il composait au même moment la 5ème symphonie et venait de terminer des œuvres majeures, parmi lesquelles les trois quatuors à cordes Razumovski, la sonate pour piano Appassionata, la 4ème symphonie, le 5ème concerto pour piano dit « l’Empereur » et un concerto pour violon.

 

Pourtant, en juillet 1807, BEETHOVEN fit part au Prince des difficultés à composer cette œuvre, mais promit de livrer le manuscrit le 20 août, une date probablement trop proche de celle de la représentation. Il fournit diverses excuses pour le retard, parmi lesquelles sa récente maladie, lettre de son médecin à l'appui.

 

Le compositeur était bien conscient que cette première messe ne manquerait pas d'être comparée aux 6 autres que HAYDN, son illustre professeur, avait composé pour le même évènement. BEETHOVEN se plongea donc dans l’étude de ces œuvres, notamment de la Schöpfungsmesse, avec une attention toute particulière.

 

Peut-être que BEETHOVEN, « Tondichter » et « Tondenker », ressentit le besoin de travailler jusqu’au bout cette œuvre, qui l’exposait ou le confrontait au sacré. Ce qui ne se fit pas sans questionnements et qui se traduisit par de nombreuses modifications apportées à l’œuvre.

 

Le 13 septembre 1807, la Messe fut dirigée par BEETHOVEN lui-même, le premier dimanche suivant la fête de la princesse Maria-Josepha Hermenegild (née princesse du Lichtenstein), au château d’Eisenstadt (Burgenland, Autriche), non loin de Vienne (Autriche), en présence de Nicolas II, prince Esterházy.

 

Cette Messe fut l'occasion d'une brouille définitive entre le compositeur et le commanditaire, ce dernier ayant signifié au musicien qu'il n'appréciait guère son œuvre. Probablement en raison du manque de répétitions et aussi de la singularité de cette œuvre.

 

« Mais, qu’avez-vous encore fait mon cher BEETHOVEN ? » s’exclama le Prince, en apostrophant directement le compositeur. Confirmant ce jugement dans une lettre adressée à la Comtesse Henriette von Zelinska, le Prince écrivit en français : « la messe de BEETHOVEN est insupportablement ridicule et détestable, je ne suis pas convaincu qu’elle puisse même paroitre honnêtement : j’en suis coleré et honteux ! ».

 

Ceci acheva de convaincre  BEETHOVEN de dédicacer cette œuvre, non pas au Prince Esterházy, mais à une toute autre personne… le prince Kinsky, qui devint un de ses plus fidèles mécènes…

 

Malgré cette réaction négative, BEETHOVEN resta très attachée à cette messe, justifiant « avoir traité le texte comme il n’a pas souvent été » et ayant conscience d’avoir composé une œuvre inédite. Aussi, l’œuvre fut requalifiée en une série de 3 hymnes en latin de musique sacrée, composés pour orchestre, solistes et chœur.

 

Le 22 décembre 1808, certaines parties de l’œuvre –le « Gloria » et le « Sanctus »– furent jouées à l’occasion d’un grand concert donné par BEETHOVEN au Theater an der Wien (Vienne, Autriche), ou furent également présentés les 5ème et 6ème symphonies, le 4ème concerto pour piano et la Fantaisie chorale pour piano, orchestre et chœur. Enfin, Mendelssohn dirigea en 1837, 1 an après la mort de BEETHOVEN, cette œuvre à Dusseldorf (Allemagne).

 

BEETHOVEN tenait à ce que cette messe fut publiée et largement diffusée, arguant auprès de l’éditeur qu’il devrait en tirer grand profit. Après plusieurs refus, l’œuvre fut finalement imprimée en octobre 1812 chez Breitkopf & Härtel à Leipzig. A cette occasion, le grand critique de musique, contemporain de BEETHOVEN, Ernst Theodor Amadeus HOFFMANN, donna une certaine publicité à l’œuvre au lendemain de sa publication.

 

Enfin, pour faciliter sa diffusion, BEETHOVEN souhaita qu’une version allemande du texte soit commercialisée. Il exprima son insatisfaction à propos de la première traduction élaborée par Christian SCHREIBER ; il préfèrera la seconde, élaborée par Benedict SCHOLZ. BEETHOVEN insista également pour qu’une réduction au piano fut élaborée, ce à quoi s’attela CZERNY.

 

Une œuvre vocale non identifiée

 

Cette messe est la deuxième œuvre liturgique de BEETHOVEN, composée 6 ans après Le Christ au Mont des Oliviers et 15 ans avant la Missa Solemnis.

 

La messe en Ut (do majeur) opus 86 est composée des 6 parties de l'ordinaire de la messe latine :

  1. Kyrie : Andante con moto assai vivace quasi allegretto ma non troppo, 2/4, Ut majeur (132 mesures)

  2. Gloria : Allegro con brio, 2/2, Ut majeur (379 mesures)

  3. Credo : Allegro con brio, 3/4, Ut majeur (368 mesures)

  4. Sanctus : Adagio, 4/4, La majeur (48 mesures)

  5. Benedictus : Allegretto ma non troppo, 2/4, Fa majeur (145 mesures)

  6. Agnus Dei : Poco andante, 12/8, Ut mineur (182 mesures)

 

Elle engage un chœur important de 4 voix, 1 quatuor de solistes (soprano, mezzo-soprano, ténor et baryton), ainsi qu'un orchestre composé de flûtes, hautbois, clarinettes, bassons, cors, trompettes, cordes et un orgue. Instrumentation riche, colorée. Sa durée d'exécution est d'environ 45 minutes. 

De nombreuses analyses détaillées de l’œuvre existent. Aussi, je vous propose quelques clés pour appréhender cette messe.

 

Premièrement, l’œuvre est conçue en 6 mouvements symphoniques, indépendants les uns des autres. La tonalité d’Ut majeur et le final qui reprend le thème du premier mouvement forment un trait d’union entre ces 6 parties.

 

Plutôt que de créer de nouvelles formes musicales, BEETHOVEN les déforme et les manipule, pour notre plus grand plaisir. Ce qui la distingue des messes de BACH, de HAYDN ou de MOZART, qui ne présentaient pas cette forme.

 

BEETHOVEN a la volonté d’extraire cette œuvre de son cadre liturgique : elle peut être représentée à l’occasion d’un concert. Et à ce titre, cette composition porte un message universel, dépassant les seules enceintes d’une église.

 

Deuxièmement, comme l’indique BEETHOVEN lui-même, le texte de la messe latine est traité avec une attention toute particulière : à la fois d'une manière très rigoureuse et personnelle. La musique est au service du texte : de son sens et de son expressivité.

 

Ainsi, BEETHOVEN traite musicalement chaque verset de l’ordinaire de la messe latine en tenant compte de son sens spécifique. Ainsi, il répète certains mots qu’il choisit en raison de leur importance. Il utilise des accords puissants et dissonants pour évoquer les prophètes ou la force de la croyance ; une tonalité mineure et sombre pour évoquer la sépulture du Christ... Ce qui confère à l’œuvre une rare richesse.

 

Mais, BEETHOVEN compose une « musique totale », marquée par une interrelation forte entre les différents composants de la musique : le chœur, les solistes et l’orchestre, qui ne se limite pas à un accompagnement des voix, mais qui participe pleinement au sens du texte.

 

Cette approche unique montre que BEETHOVEN a recherché une expérience religieuse totale. Ce qui conduit BEETHOVEN à élaborer une musique d’une grande expressivité, sensibilité subjective et abstraction, reflet d’une réflexion profonde, voire d’un questionnement.

 

Troisièmement, le style beethovénien –dans tout ce qu’il offre de diversité– imprègne cette œuvre. Alternent ainsi des passages débordant d’énergie, ou la musique se dresse, ou l’espace est envahi d’une densité musicale extrême, ou une architecture inouïe est élaborée par BEETHOVEN ; avec des passages extrêmement calmes, qu’ils expriment une angoisse, un effroi, ou bien un moment de sérénité et de confiance. Les pleins –notamment les accords dissonants– s’articulent avec les vides –les silences, pour former un discours marqué par une dynamique unique ; on pourrait imaginer surprendre BEETHOVEN en pleine conversation…

 

On retrouve dans cette œuvre la « dialectique musicale beethovénienne ». Un premier thème (thèse) s’oppose dans un combat dur à un autre thème (anti-thèse) : une ligne mélodique linéaire, composée par une série d’accords, contre une fugue, par exemple ; l’interruption brutale du chœur par l’orchestre... Un nouveau thème naîtra à l’issue de cette confrontation, il traduira comme issue de ce combat une quête de sérénité, figurant une synthèse entre les 2 forces opposées.

 

Cette œuvre n'est pas une étape préliminaire à la Missa Solemnis, mais une œuvre à part entière, qui servit de référence pour l'évolution ultérieure du genre au 19ème siècle au sein du courant des romantiques. Son caractère inédit permit aux contemporains d’engager un rapport à la foi inconnu jusqu'alors. Cette œuvre est un joyau, dont l’intérêt mérite d’être porté à sa juste valeur.

Ludwig van

BEETHOVEN

(1770-1827)

  • 1787 : il joue devant Mozart.

  • 1792 :  à Vienne, il devient l’élève de Haydn.

  • 1802 : atteint par sa surdité, il rédige le Testament d’Heiligenstadt.

  • 1812 : il rédige la célèbre Lettre à l’éternelle bien aimée, qui va intriguer de nombreux musicologues sur l’identité de son destinataire.

  • 1814. : son opéra Fidelio, version remaniée de Leonore, connaît enfin le succès.

  • 1824 : création de la Symphonie n° 9. Beethoven n’entend pas l’ovation du public.

Franz-Joseph

HAYDN

(1732-1809)

 

Insanae et vanae curie

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Messe en ut opus 85

I. KYRIE

Andante, quasi allegretto

 

II. GLORIA

Allegro con brio :

Gloria in Excelsis Deo

Laudamus Te

Gratias Agimus Tibi avec Ténor et Choeur ;

Domine Deux avec Ténor et Choeur

Andante mosso

Qui Tollis avec Mezzo, choeur et solistes ;

Qui Sedes, avec Choeur ;

Miserere Nobis, avec Choeur.

Allegro ma non troppo

Quoniam, avec chœur alerte et gai ;

Cum Sancto Spirito, avec chœur et solistes.

 

III. CREDO

Allegro con brio

Credo, avec un Choeur grandiose.

Adagio

Et Incarnatus Est, pour Solistes ;

Crucifixus, avec solistes et choeur.

Allegro ma non troppo

Et Resurrexit, Basse puis choeur et solistes ;

Et In Spiritum Sanctum.

Vivace

Et Vitam Venturi Saeculi, avec choeur et solistes.

 

IV. SANCTUS

Adagio puis brillant allegro :

Pleni Sunt Coeli *, avec Choeur ;

Osanna I.

 

V. BENEDICTUS

Allegretto Long passage lent  avec solistes, soutenus par le chœur

Allegro : Osanna II, avec Choeur.

 

VI. AGNUS DEI

Poco andante Agnus Dei.

Miserere Nobis (Choeur).

Allegro ma non troppo, andante con moto, tempo del Kyrie : Dona Nobis Pacem, avec solistes et choeur.

BEETHOVEN et le sacré

 

Elevé dans la religion catholique, Beethoven ne fut guère pratiquant qu'une fois adulte, peut-être parce qu'il lui fut impossible de concilier ses rapports personnels avec le Tout-Puissant avec ce qui était alors le plus répandu. Il ne discuta jamais publiquement du dogme chrétien, mais son utilisation de la peinture des mots et des tonalités traduit clairement une interprétation rigoureuse et individuelle du texte.

 

Dans le Gloria, la « génuflexion » musicale à « l'Adoramus Te » indique l'humilité de sa foi et le passage à l'unisson à « Et unam sanctam » souligne sa croyance en l'unité et la fraternité humaine. L’un des passages fascinants est peut-être celui du « Coeli » dans le Sanctus où un accord de fa dièse majeur pour flûte, cordes sans les contrebasses, et voix aiguës, élève la musique jusqu'aux cieux. Ce mouvement est dans un brillant la majeur, tandis que des tons plus sombres sont employés pour « Crucifixus » (fa mineur) et le début de l'Agnus Dei (ut mineur). La tonique majeure est rétablie à « Dona nobis pacem » et l'œuvre s'achève sur un ton presque résigné avec la musique du début du Kyrie.

« Deutsche Qualität » au service du « Wiener Klassik » : BEETHOVEN et Vienne

 

À Vienne (Autriche), qu’il rejoint pour la première fois en 1787 à l’âge de 17 ans, BEETHOVEN sera considéré comme un expatrié, originaire d’Allemagne. Son goût pour la nature –lieu d’inspiration pour sa musique et de ressource pour sa santé fragile– conduit BEETHOVEN à déménager dans les faubourgs de Vienne. Il passera ainsi une large partie de sa vie dans la commune rurale de Heiligenstadt, loin du tumulte de la vie urbaine et loin de la cour impériale. Il abhore un « look » négligé, qui ne conduit pas à construire une image d’un homme policé et urbain, facile à aborder lorsqu’on le croise dans la rue ou dans une taverne. Il s’exprime parfois très bruyamment et fait preuve des sauts d’humeur déstabilisants. À cela s’ajoute sa surdité –« secret » lourd à porter– qu’il est difficile d’avouer car ce serait incompatible avec son rôle de compositeur engagé dans une (r)évolution musicale… Enfin, ses idées politiques et sa vision du monde sont marquées par la philosophie des lumières et les idées de la Révolution française, ce qui détonne, voire effraie dans cette partie de l’Europe.

 

Tout ceci fera que BEETHOVEN restera un personnage à part, à l’écart du monde dans lequel il vit et pour lequel il produit de la musique. Ce qui n’empêchera pas qu’un large public viennois d’adopter sa musique… L’une des problématiques auxquelles il est confronté  est sa capacité (de s’) d’entendre son entourage, alors qu’il considère être porteur d’un message universel qu’il s’évertue à transmettre.

 

Cette position dans son univers viennois imprègne sa musique. À tel point que certains spécialistes du style viennois s’interrogent sur la manière de qualifier BEETHOVEN parmi les 3 figures du panthéon du « Wiener Klassik » (classicisme viennois), qui incluent HAYDN et MOZART. BEETHOVEN a apporté sa pierre à ce courant musical par son style, en s’inscrivant dans les formes musicales classiques qu’il fait évoluer, en ouvrant sur le romantisme… Mais, l’une de ses spécificités est peut-être d’avoir su conserver une emprunte allemande à sa musique, qui ne serait finalement pas si viennoise… 

« Deutsche Qualität » au service du « Wiener Klassik » : BEETHOVEN et Vienne

 

À Vienne (Autriche), qu’il rejoint pour la première fois en 1787 à l’âge de 17 ans, BEETHOVEN sera considéré comme un expatrié, originaire d’Allemagne. Son goût pour la nature –lieu d’inspiration pour sa musique et de ressource pour sa santé fragile– conduit BEETHOVEN à déménager dans les faubourgs de Vienne. Il passera ainsi une large partie de sa vie dans la commune rurale de Heiligenstadt, loin du tumulte de la vie urbaine et loin de la cour impériale. Il abhore un « look » négligé, qui ne conduit pas à construire une image d’un homme policé et urbain, facile à aborder lorsqu’on le croise dans la rue ou dans une taverne. Il s’exprime parfois très bruyamment et fait preuve des sauts d’humeur déstabilisants. À cela s’ajoute sa surdité –« secret » lourd à porter– qu’il est difficile d’avouer car ce serait incompatible avec son rôle de compositeur engagé dans une (r)évolution musicale… Enfin, ses idées politiques et sa vision du monde sont marquées par la philosophie des lumières et les idées de la Révolution française, ce qui détonne, voire effraie dans cette partie de l’Europe.

 

Tout ceci fera que BEETHOVEN restera un personnage à part, à l’écart du monde dans lequel il vit et pour lequel il produit de la musique. Ce qui n’empêchera pas qu’un large public viennois d’adopter sa musique… L’une des problématiques auxquelles il est confronté  est sa capacité (de s’) d’entendre son entourage, alors qu’il considère être porteur d’un message universel qu’il s’évertue à transmettre.

 

Cette position dans son univers viennois imprègne sa musique. À tel point que certains spécialistes du style viennois s’interrogent sur la manière de qualifier BEETHOVEN parmi les 3 figures du panthéon du « Wiener Klassik » (classicisme viennois), qui incluent HAYDN et MOZART. BEETHOVEN a apporté sa pierre à ce courant musical par son style, en s’inscrivant dans les formes musicales classiques qu’il fait évoluer, en ouvrant sur le romantisme… Mais, l’une de ses spécificités est peut-être d’avoir su conserver une emprunte allemande à sa musique, qui ne serait finalement pas si viennoise… 

Frise de KLIMT dédiée à BEETHOVEN

La Frise dédiée par KLIMT à BEETHOVEN

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